Le cognitivisme
Apprendre en traitant, organisant et mémorisant l’information
Mots-clés : cognitivisme, Ulric Neisser, apprentissage, mémoire, stratégies cognitives, traitement de l’information, mathématiques
Présentation générale
Le cognitivisme est une théorie de l’apprentissage qui s’est développée en réaction au béhaviorisme. Il considère que comprendre l’apprentissage suppose d’étudier les processus mentaux internes, tels que la perception, la mémoire, l’attention et le raisonnement. L’élève n’est plus vu comme un simple récepteur de stimuli, mais comme un système actif de traitement de l’information.
Fondements théoriques du cognitivisme
Le cognitivisme émerge au milieu du XXe siècle, dans un contexte marqué par le développement de l’informatique et des sciences de l’information. Les travaux d’Ulric Neisser, notamment son ouvrage Cognitive Psychology (1967), jouent un rôle central dans la structuration de ce courant. L’esprit humain est alors comparé à un système qui encode, stocke et récupère des informations.
Apprendre consiste à transformer l’information reçue en connaissances organisées, en mobilisant des processus mentaux tels que la mémoire, l’attention et les stratégies de résolution.
Le rôle central de la mémoire
Dans le cognitivisme, la mémoire joue un rôle fondamental. Les modèles classiques distinguent la mémoire de travail, chargée de traiter l’information en cours, et la mémoire à long terme, où sont stockées les connaissances. L’apprentissage dépend de la capacité à organiser l’information de manière cohérente et à la relier aux connaissances déjà présentes.
Une surcharge de la mémoire de travail peut freiner l’apprentissage, même lorsque l’élève est motivé et attentif.
Stratégies cognitives et métacognition
Le cognitivisme met également en avant l’importance des stratégies cognitives : planifier une démarche, vérifier ses résultats, reformuler un problème ou utiliser des représentations adaptées. La métacognition, c’est-à-dire la capacité à réfléchir sur ses propres processus mentaux, est un facteur clé de réussite.
Illustrations en contexte mathématique
En mathématiques, le cognitivisme permet d’expliquer pourquoi deux élèves exposés au même enseignement peuvent progresser différemment. Les différences tiennent à l’organisation des connaissances, à la maîtrise des stratégies et à la gestion de la charge cognitive.
Face à un problème complexe, un élève efficace commence par analyser les données, identifier l’objectif, choisir une stratégie (schéma, équation, tableau), puis contrôler la cohérence du résultat. Ces étapes mobilisent la mémoire de travail et des stratégies cognitives explicites.
Pour mémoriser une formule d’aire ou de volume, l’élève gagne à la relier à des représentations visuelles ou à des situations concrètes. Cette organisation de l’information favorise son stockage durable en mémoire à long terme.
Dans cette perspective, l’enseignement des mathématiques doit viser non seulement la maîtrise des techniques, mais aussi l’acquisition de stratégies de raisonnement et de contrôle.
Portée et limites du cognitivisme
Le cognitivisme offre un cadre puissant pour comprendre les mécanismes internes de l’apprentissage, mais il peut parfois négliger les dimensions sociales et affectives. En mathématiques, il gagne à être articulé avec le socioconstructivisme pour intégrer le rôle des interactions et avec le béhaviorisme pour l’automatisation des procédures.
Les pratiques pédagogiques actuelles combinent souvent cognitivisme, constructivisme et socioconstructivisme afin de prendre en compte la complexité des apprentissages.
- Neisser, U. (1967). Cognitive Psychology. Appleton-Century-Crofts.
- Baddeley, A. (1992). Working memory. Science, 255(5044), 556–559.
- Stanford Encyclopedia of Philosophy. Cognitive Science. https://plato.stanford.edu/entries/cognitive-science/
- Encyclopaedia Britannica. Cognitive psychology. https://www.britannica.com/science/cognitive-psychology